Naissance d'une conscience transidentitaire en occident.

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Naissance d'une conscience transidentitaire en occident.  Empty Naissance d'une conscience transidentitaire en occident.

Message  Azilis le Mar 8 Oct 2019 - 22:49

Je reprends ici des écrits du 5 novembre 2015

L' intégration sociale liée au troisième genre se retrouve dans toutes les civilisations, sauf la nôtre.
La question est: pourquoi cette adaptation au troisième genre n'a pu s'effectuer dans notre société judéo-chrétienne?
Pourtant cette information était à sa portée dans les cultures qu'elle côtoyait.
Est-ce dû aux caractéristiques de cette société ?
Sa morale ayant tendance à effacer et ignorer tout ce qui ne rentre pas dans le cadre d'une binarité des genres.

Je crois qu'une communauté est une entité se définissant, par sa culture, ses références, ses propres conditionnements et s'il y a changement d'optique et une évolution sur un sujet donné, ceux-ci doivent passer par des canaux de communication et d'informations déjà présents dans le corps social, dont le milieu médical.
Reste qu'à une certaine époque de notre histoire, les communications scientifiques comme véhicules d'informations avaient du mal à s'affirmer.
Dire au début du XVII siècle que la terre était ronde était passible du bûcher.
L'univers propre à la science a bien changé et, concernant le changement de genre en occident, il a été le premier vecteur d'information.
Pourquoi ?
Eh bien ! parce que c'est un champ d'activité  institutionnalisé, avec des acteurs connus comme étant des individus ayant atteint une position hiérarchique dans la société, donc, leurs diverses informations pouvaient être prises en compte par d'autres pouvoirs représentatifs de cette société ( pouvoirs politiques, judiciaires, culturels,  et quelques autres de même niveaux).

Au début du XX  siècle tout individu lambda transidentitaire n'avait aucune possibilité de se faire reconnaître et son problème de changement de genre ne pouvait pas être accepté par la communauté.
Mais c'est aussi au début de ce siècle qu'une première communication médicale a pu être diffusée ; apparemment aucun autre vecteur d'information ne pouvait porter ce problème sur l'avant-scène.
D'abord parce que dans cette société aucun groupe d'être humain n'était représentatif d'un troisième genre, et d'autre part toutes les différences concernant la sexualité et les  identités de genre, non normatives étaient désignées comme des perversions ou des maladies, donc automatiquement mises à l'écart.

L' ouverture vers cette identité ne pouvait être portée que par un langage institutionnalisé, donc médical: " c'est ce qui s'est passé pour Dora en Allemagne".
Pour rappel, en occident, le fait de se travestir était puni par la loi, sauf en période de carnaval.

Dora s'est souvent retrouvée confrontée à la justice parce qu'elle s'habillait en femme, mais un juge allemand, voyant la détresse psychique de Dora, s'est positionnée résolument vers un acte non judiciaire.
Ce juge a décidé de mettre Dora en relation avec le docteur Magnus Hirschfeld : qualifié de premier sexologue occidental au début du XX siècle.
Le problème de Dora ayant été pris en compte, ce docteur a publié des informations la concernant et à partir de là , il y a eu une ouverture possible pour étudier les cas de transidentité par d'autres médecins.
Dora  ( Dorchen en allemand) aura été la première patiente MtF au monde, à se faire opérer par des collègues du docteur Hirschfeld.
Elle a d'abord subi une pénectomie avec le docteur Erwin Gowrbandt  en 1922 puis avec l'association de deux docteurs: le docteur Félix Abraham et le docteur Ludwig Lévy-Lenz , ils ont réalisé sur Dora un néo-vagin.

On aura dû attendre l'intervention de ces pionniers pour intégrer le changement de genre vers une solution physique de ce changement d'état.
Cette première avancée a été suivie d'un recul foudroyant avec l'arrivée des nazis, mais l'information avait déjà été actée : " elle était passée au-delà des frontières".
Un autre docteur d'origine allemande, le docteur Harry Benjamin a mis au point aux USA  les premières prises hormonales et le docteur D.O Cauldwell a inventé le mot de transexualité en 1946.
A noter que ce terme, de transexualité n'a pas été transmis et véhiculé du jour au lendemain, il n'était pas encore présent en France au début des années 60.
D'autres mots ont été créés pour coller davantage à la réalité ; l'exemple type pour illustrer ce propos est l'emploi du mot: "transidentité" en lieu et place de celui de "transexualité". Il identifie ce changement de genre d'une façon appropriée."[/i]
On emploie également un  autre mot que celui d'inter-sexe pour qualifier les personnes qui sont nées avec des  apports physiques des deux genres.
L'orientation du changement de genres avec prises d'hormones est associée à une chirurgie de réassignation, mais ce n'est pas toujours le cas, reste que l'inconvénient majeur du milieu médical, est qu'il a tendance à orienter ce problème vers une pathologie.
On parle de syndrome de Benjamin pour qualifier cette dysphorie du genre. En fait, ce syndrome n'a rien à voir avec une maladie et on se pose toujours la question de ses origines.

Y a-t'il eu d'autres vecteurs que celui médical pour transmettre cette information de changement de genre ?
Oui ! d'abord le Berlin d'avant-guerre était un terrain propice pour afficher toutes sortes de travestissements.
Puis dans le Paris d'après-guerre des transgenres ont pu s'exhiber dans les cabarets.
On a retenu surtout la prestation de Coccinelle : elle s'est produite un peu partout, jusqu'aux Amériques.
Elle a fini naturellement par changer de sexe. Ce n'était pas le seul cas évidemment mais sa forte médiation a été un véhicule portant ce changement de genre hors des frontières.

Un troisième vecteur de transmission d'informations a été la création par Marie-Andrée Schindenhammer, de la première association française concernant le monde des transidentitaires: l' A.M.A.H.O.
Donc d'une manière générale ces trois vecteurs: le médical, la prestation artistique des personnes et la création d'associations en rapport avec cette différence ont permis au corps social de prendre en main ce problème, de l'identifier d'une autre façon qu'auparavant, mais ce n'est pas pour autant que notre société perçoit cette métamorphose dans sa réalité: généralement elle remarque que la face visible de l' iceberg.
Pour savoir, ce que c'est réellement une transformation de genre ou du moins l'approcher, il faut bien sûr s'informer différemment ; je dirai d'une manière alternative et, aller à la recherche d'une documentation, lire par exemple le livre de Françoise Sironi ( les psychologies des transexuels et des transgenres) bien d'autres documents et témoignages sont facilement accesssibles aujourd'hui.

Une transidentité est une métamorphose, mais en rapport avec une prise de conscience intérieure.
Elle ne débute pas, comme ont pourrait le croire avec des chirurgies et la prise d'hormones.
Non! il y a un basculement interne, profond qui fait que la personne se perçoit différemment.
Ce basculement est une source de modifications importantes, de luttes internes et externes presque quotidiennes.
Alors, essayer d'aborder ce changement de genre avec des informations standards et anecdotiques est complètement déviant.

Il faut signaler qu'une fois ces transformations individuelles réalisées, les MtF ou FtM  se fondent pour 95% d'entre eux dans leur genres choisis et donc ils demeurent invisibles.
On ne les voit, ni ne les entend plus. C'est en partie pour cela que l'approche et la compréhension de ces changements restent difficilement perceptibles.
On retombe donc dans un système binaire du genre en ce qui concerne cette transidentité et on ne peut que le regretter, tout en comprenant les raisons qui amènent les transidentitaires vers ce choix.
Une transidentité peut être donc, visible, invisible et elle est souvent taboue et minimisée au niveau de l'information.

Changer d'identité, c'est donc de passer d'un conditionnement à un autre, mais la question n'est pas d'abord celle du conditionnement mais celle d'une sensibilité et elle se nourrit, d'un terrain spécifique à son genre.
Toute plante a besoin d'un substrat et d' un milieu écologique particulier.


Dans le livre " Die Transvestiten" de Magnus Hirschfeld il y a un témoignage de 1910, sans-doute celui de Dora,
le voici:
Quand, je mettais une robe de femme, ma perception du monde qui m'entourait changeait totalement. Pendant cette métamorphose qui inclut aussi la façon dont j'arrange mes cheveux, j'ai une vision du monde très différente. Le monde m'affecte également de manière différente, d'une manière plus douce, plus délicate,ce qui me pousse à apprécier cette douceur et cette délicatesse".


Notes:
On retrouve de mêmes informations sur divers livres dont celui de Maxime Foerster ( Elle ou Lui)  mais je souhaitais aborder
l'évolution de la transidentité  sous cet angle et quelques rappels répétés de notre histoire ne peut pas faire de mal.

Hirschfeld Magnus: né le 14 mai 1868, à Kolberg en Poméranie  Prussienne, aujourd'hui Kolobrzeg, port polonais sir la Baltique et décédé également un 14 mai en 1935 à Nice . Magnus Hirschfeld fut le premier médecin à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et de manière globale.

Abraham Félix : né le 30 août 1901, à Francfort sur Main, décédé à Florence en 1937, ce chirurgien a effectué en collaboration avec Ludwig Lévy-Lenz et pour la première fois dans le monde, la création d'un pseudo-vagin sur Rudolph Richter dit Dorchen ou Dora en 1932 .

Lévy-Lenz Ludwig né à Posen, aujourd'hui Poznan en Pologne, émigré en Egypte pendant la seconde guerre mondiale et décédé à Berlin en 1966

En ce qui concerne les chirurgiens pionniers de la réassignation génitale, ils ont beaucoup appris de la chirurgie réparatrice effectuée sur certains mutilés de la Grande Guerre.

Benjamin Harry: né le 12 janvier 1885 à Berlin, décédé à New York le 24 août 1986. Endocrinologue et sexologue américain d'origine allemande, en référence à ses travaux, on désigne parfois la transidentité ou plutôt la dysphorie de genre par celui de syndrome de Benjamin, mais pour Harry Benjamin seul l'emploi des hormones associé à des chirurgies de réassignation pouvaient répondre à ce syndrome!!!.

Cauldwell David Olivier : sexologue né le 17 juin 1897 à Cleveland dans l'Ohio, décédé le 30 août 1956 à El Paso au Texas.

Schwindenhammer Marie-Andrée : née en 1909, décédée en 1981 a posé les jalons du transexualisme en France par le biais de l'épilation définitive puis la création de l' AMAHO 5 association d'aide aux malades hormonaux, en fournissant aux transexuelles des papiers d'identité tolérés par la préfecture.

Sironi Françoise : née le 18 février 1958, psychologue et universitaire française. Elle a publiée chez Odile Jacob en 2001 " psychologie(s) des transexuels et des transgenres.
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